Voyage au pays des sonorités

26/06/2021

Textes issus de l'atelier d'écriture du samedi 12 juin 2021 : Voyage au pays des sonorités écriture à partir d'éléments sonores.

Quand: Le 12 juin 2021
: MJC Roguet 9 rue de Gascogne 31300 Toulouse

Mon voyage sans hâte ; chaque halte sur la carte ; posé comme un lampion qui clignotent ; clinc-clic-bling qui m'appellent ; Hey, psitt, psitt agitant dans mon corps ; chaque nerf comme un fil ; fil tendu vers demain ; fil de soie, en douceur ; l'impatience bouillonne ; et un pas puis un autre ; transforme tous mes songes ; les images s'agitent sous mes paupières closes ; des couleurs, des odeurs ; nourrissent mon cerveau et mon cœur tambourine ; une musique sourde - tok tok tok  fait l'oiseau ; perché sur ses échasses ; dominant tout l'étang ; son œil noir me fixe obstinément ; Que veut-il bien savoir ? et pourquoi suis-je là ? Que veut-il bien me dire ? Je te connais tu sais ; Tik, tak, tok ; T'as bien fait de venir Tok, tik, tak ; bienvenue mon ami...ou tout autre message ; que je voudrais me dire ; je suis là immobile, dans la douceur du soir ; une brise marine qui m'effleure les joue ; les pieds dans la gadoue, clapotant doucement ; mon sac posé au sol abrite mon carnet : je me baisse lentement ; pour ne pas l'effrayer, pour garder le contact ; j'extrait mon matériel ; moisson de mon voyage ; des dessins et des mots ; défilent page après page ; sur un dernier regard ; je me noie dans cet œil ; plus de peur, de barrière ; je vois ce que je suis ; dans l'angle de ma feuille je dessine ce point ; vers un nouveau départ ; plus profond que le soir ; hey, psitt, psitt

Nadine

POUET ! POUET ! POUET ! Je suis parti ! HI ! HI ! HI ! Echappé en train ! J'ai toujours adoré les trains. Surtout ceux qui ont cette patine du temps. TEMPS, TEMPS, TEMPS ! Tant pis pour eux ! Je m'appelle Jean LE VANH. VENT VENT VENT ! Je vais vous raconter comment je suis arrivé dans cette magnifique cabane perchée sur ce Menara de 100 mètres de haut ! C'est donc dans un ancien train à vapeur, datant de l'époque colonial, que je me suis enfui. FUI ! FUI ! FUI ! D'eux, d'eux, d'eux ! De mon ancienne - cienne - cienne - cienne. Vie, vie, vie. GARE - GARE - GARE ! Je me rappelle le jour de mon départ. Ouuuuuuuuhhhhh, mon train commence à s'ébranler. Il prend de la vitesse. Je suis entouré par une population disparate dans ce wagon de troisième classe. Une conversation entre les membres d'une famille indigène me parvient au travers du ram tam du train : po, po, ma, tomou, pa, tic toc ... Incompréhensible ! Mais quelle douce musique que ce dialecte. Le petit garçon me fixe. SABAY SABAY SABAY, lui-dis-je. En réponse, il me sourit, et le lui répond par un clin d'œil. ŒIL, ŒIL, ŒIL. J'entends le bruit des signes plus bas. Le vent me caresse le visage, je porte mon regard au loin, plus loin que les cimes des arbres. Calmement, je saisi mon carnet. C'est mon confident, mon complice, mon aide de camp pendant toutes ces nuits blanches où j'avais réfléchi, préparé, soupesé chaque option - 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ! -, et noté scrupuleusement toutes les informations que me livraient les guides du routard TARD TARD TARD que j'avais empruntés ou les conversations intéressées que j'avais eues. Les étapes de mon voyage étaient clairement indiquées sur une carte. HATE HATE HATE, j'avais tellement ! Ces noms de ville imprononçables, les couleurs, les habitants, les coutumes, ces montagnes majestueuses, ces petits ports charmants DEGOULINANTS et ces cerisiers en fleurs. Des découvertes BIEN VERTES et des rencontres toujours inattendues que d'autres m'avaient racontées. J'étais dedans, c'est moi maintenant qui les vivaient pour de vrai. Délivré de cette camisole dans laquelle ils m'emprisonnaient durant mes rares crises. Je me rappelle particulièrement mon ultime étape vers ce havre de paix que je recherchais depuis si longtemps. TEMPS, TEMPS, TEMPS ! Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii - Un pied sur une marche, regard à gauche, à droite, descente du train ; jungle indochinoise - OH ! OH ! OH ! SUBLIME ! Perdu ; j'entends non loin de moi des caquètements ; village indigène ; rooo rooo, qu'il me fait ! Rooo Rooo, POUET ! POUET POUET, je lui réponds. Je suis accueilli par un cochon sauvage. COT COT COT ! POUET POUET POUET Jeannot ! je me présente. On me souhaite la bienvenue dans cette basse-cour ; une villageois s'approche de moi ces deux mains jointes en guise de bienvenue ; Le thé servi ce matin-là me fut d'un grand réconfort - DORS DORS DORS ; Je n'avais pas assez dormi sur la banquette du train ; Les premières gorgées diffusaient dans mon palet un arôme encore inconnu ; je sors mon carnet de voyage, et lui demande l'autorisation de faire son portrait ; je le remercie de son accueil et lui offre le croquis que j'ai fait de lui ; à la sortie du village ; Le soleil brille ; L'air est doux GADOUE ; Je sens une petite brise qui m'effleure les joues - HOU HOU ; je vois des ilots partout ; 4000 Iles ; je saute sur les rochers, certains affleurant l'eau ; non loin, un héron ; et oiseau est magnifique ! OOOOOH ; Je me concentre sur lui. Je m'approche sans bruit ; Tchoc, Tchoc, ses petites pattes plongent dans l'eau ; Il déplie ces magnifiques ailes toutes blanches ; Vouh vouh vouh, il brasse l'air ; Il est en l'air. Je le suis du regard. ; je reprends ma route ; j'hume l'air ; tous ces arbres qui s'élèvent jusqu'au ciel, et ce vent tourbillonnant - VIZZZZZZZ - m'invitent à rester. Ces couleurs de fleurs, de feuilles, de papillons qui me font une fête. Ces parfums inconnus qui m'enivrent. Je suis là pour nouveau départ, et cet endroit en serait le temple. Je m'approche d'un grand arbre, son essence me picote le nez. J'ai trouvé ma nouvelle maison. SWEET HOME. Je me suis enfui pour oublier toute mon ancienne vie et m'éloigner des cages qui m'étouffaient ; l'air pur saturé d'oxygène de cette forêt me rendait les idées plus claires, et mon cœur plus léger ; j'avais trouvé mon harmonie dans cette nature accueillante et luxuriante. Après quelques heures seulement dans cette forêt, mon angoisse s'estompait. Je trouvais une quiétude du cœur et de l'esprit. J'avais une nouvelle maison à découvrir, de nouvelles aventures à vivre. Au contact de Gaïa, pour mener une vie simple, et authentique, pour retrouver ma quiétude intérieure.

Jean LE VANH. Poète                                                                                                                      Michel

Je me suis réveillée, dès que j’ai ouvert les yeux j’ai compris ; le carnet de voyage de ma grand-mère était ouvert sur ma poitrine ; je m’étais endormie devant un de ses croquis ; ma grand-mère adorait ça : imager des trajets, des étapes TAPE TAPOTE TAPOTIS, des découvertes VERTES, des paysages SAGES ; ces points sur une carte : images, souvenirs, couleurs, odeurs, rencontres ; traits très très fins, fusain, dessin ; douceur, noirceur ; dégradé, dessiné ; rizières, théières, croquer la réalité d’un oiseau augmenté, mi vivant mi machine ; des bruits surgissent tout autour ; puis, c’est le temps qui file, thé, lampadaires, dégradés de la rizière ; balade sur les feuilles du carnet, incarné, ballet remémoré ; souvenirs : pays du soleil levant, montagnes majestueuses, petits ports charmants DEGOULINANTS, cerisiers en fleur ; sensations croquées, héritées ; héritage de dessins au fusain.

Emmanuelle

Tap tap tap tap tap tap...Le train jaune qui cahote, qui ballote. Tap tap tap tap tap tap .. Qui s'étire, qui serpente, qui trimballe, qui cavale.

Me transporte, me déporte, me balance. Je suis là, enfin là, points rouges sur la carte, voyage fantasmé. J'y suis.

Je m'abandonne, yeux mi-clos. Tap tap tap tap tap tap. Chaleur moite. Je regarde mollement l'horizon lumineux, de soleil ébloui. Les rizières qui défilent, monotones.

Ponctuées de hérons ou de grues : leur œil fixe qui me scrute et se fige.

Slash ! Et soudain ces villes électriques qui me happent. M'engloutissent, me malaxent, me recrachent. Odeurs fortes, odeurs lourdes, odeurs suaves. Qui se mêlent, qui me baignent. Coriandre et gingembre, je m'enivre. Des théières se déversent, des vapeurs m'emprisonnent. Voix aiguës, sons inconnus, la ville s'ouvre, je découvre.

Je remplis mes carnets à grands traits. Maladroits. Dessins éparpillés.

Et je reprends un train. En partance. De nouveaux paysages : je renifle, j'écarquille, j'engloutis. Expérience , transcendance.

Je retrouve le héron qui me suit ; on se scrute, on s'ausculte, on se vit.

Et déjà c'est la fin, le retour ; l'oiseau blanc qui toujours nous ramène.

Emportés les croquis dérisoires. Les morceaux éclatés de l'histoire. Les senteurs, les odeurs, le mystère. Et garder, dans le cœur, l'aventure.

Bettina